Valse avec la folie 28/10/2020

Ceci n’est ni une blague ni un concours de réthorique. J’ai peur pour ma santé mentale. Je peux l’écrire encore alors je le fais comme une catharsis, comme pour conjurer le sort. Je ne suis plus en colère je suis triste, inquiète pour ma famille, pour notre peuple. Je sens que je vais encore devoir fermer boutique, baisser le rideau, fermer les yeux, me claquemurer, coudre ma bouche. Je vais devoir ravaler mes envies de révolte, mes envies de désobéir. Parce que j’ai un fils de deux ans et que je ne veux pas que sa maman finisse en prison ou en hôpital psychiatrique. Je vais donc arrêter de réfléchir, je vais me contenter de profiter du feu de cheminée, des rires et des larmes de mon enfant, de chanter un peu, de méditer, et puis je pleurerai sans doute parfois à l’abris des regards en pensant à ce monde désolant et désolé. Ce monde qui perd la tête, qui se déshumanise, qui se noie dans un verre d’eau quand il devrait s’unir et se lever pour nos océans, pour nos forêts, pour apprendre à vivre autrement…

Je vais voir le bon côté des choses. Peut-être que notre terre pourra respirer un peu pendant ce temps là. ça m’aidera surement à passer le cap. J’ai peur pour mes amis artistes, mon compagnon musicien qui n’a plus de travail du tout. Nous avons décidé que la joie, l’art, la bouffe, la fête, la danse, les liens sociaux, les embrassades, les rires, la musique, la vie, que tout cela allait à l’encontre de la vie même. Que tout cela n’était pas nécessaire. Mais si cela n’est pas nécessaire à ma vie, alors ma vie n’est plus nécessaire. Parce que je ne trouve pas de sens dans le travail, l’argent, la télé ou la croissance à tout prix. Oui l’art, les rires, les liens sociaux, la musique, la bouffe, la joie, la danse sont nécessaires à ma vie et si l’on m’enlève cela, ma vie perd son sens. A combien d’autres humains ôterons-nous ce qui fait sens à leur vie? J’entends déjà les commentaires des con-vaincus… Ceux qui me diront que je suis égoïste et que je ne pense qu’a mon confort. Je leur répondrais que je pense exactement le contraire. Que je pense à notre santé à tous, pas seulement à ceux qui seraient susceptibles de faire des formes graves de covid. Je vois plus loin que le bout de mon nez… Je vois que j’ai de la chance d’être entourée, j’ai la chance de vivre dans une maison agréable et que peut-être que je passerai entre les gouttes. Mais combien n’auront pas cette chance? Combien resteront seuls chez eux? Novembre sera sombre pas seulement pour les hôpitaux. Novembre sera sombre dans nos chaumières vidées de sens. Je nous souhaite à tous beaucoup de courage et de tenir bon. Je nous souhaite sincèrement d’être certains qu’à la peur se substituera l’amour. Ce sera peut-être long, mais l’ombre ne peut prendre que la place que la lumière veut bien lui céder. Vivement le soleil de midi! Claire-Lise Guerrière pacifique

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