Texte écrit et lu le dimanche au rassemblement citoyen de Chinon 17/01/2021

L’état veut prendre soin de nous.

Et l’état veut à ce point prendre soin de nous que pour mémé, 90 ans, parfaitement autonome mais vivant en foyer logement, il lui autorise une visite par jour sur réservation à raison de 30 minutes et sous surveillance.

Et l’état veut à ce point prendre soin de nous qu’il enferme ses étudiants dans leurs cages à lapin les laissant dans la détresse la plus immense, sans le sou pour le plus grand nombre au point que l’un d’entre eux s’est jeté de la fenêtre de sa chambre la semaine dernière.

Et l’état veut à ce point prendre soin de nous que depuis qu’il se préoccupe de notre sort, les appels au secours des enfants maltraités psychologiquement ou abusés sexuellement ont augmenté de 50% depuis le printemps 2020.

Et l’état veut à ce point prendre soin de nous qu’il nous empêche de pratiquer notre activité physique quotidienne, empêchant par la même les acteurs de ce secteur de travailler.

Et l’état veut à ce point prendre soin de nous que la vente d’anti-dépresseurs à augmenté de 20% les derniers mois de 2020 permettant aux laboratoires pharmaceutiques de bien travailler.

Et l’état veut à ce point prendre soin de nous qu’il nous encourage à nous divertir devant nos écrans. Mais il nous empêche de nous cultiver dehors, d’ouvrir notre champ de vision, d’aller à la rencontre du vivant, de faire travailler les artistes essentiels à notre équilibre.

Et l’état veut à ce point prendre soin de nous que lorsqu’il doit décréter quels sont les commerces essentiels, il laisse les tabacs ouverts parce que oui, on le sait, le tabac, c’est bon pour notre santé.

Et l’état veut à ce point prendre soin de nous qu’il a décrété que nous devrions rentrer à 18h dans nos maisons pour éviter l’effet apéro. On sait depuis un an que le covid adore l’apéro et que les français sont donc au taquet, à 17h59 devant les bars pour prendre un verre.

Et l’état veut à ce point prendre soin de nous qu’il a oublié qu’il avait fermé tous les bars et les restaurants et qu’il ne pouvait plus y avoir d’Happy Hours à 18h. Mais ce cafetier des Vosges lui n’a pas oublié. Il s’est suicidé cette semaine. Merci de prendre soin de nous.

La liste pourrait encore être longue.

Je ne suis pas venue pour prêcher pour ma paroisse. Je suis cette dame de 90 ans, je suis cet étudiant, je suis ce cafetier.

Je ne devrais pas être là ce matin avec vous. Hier j’ai passé ma journée à cuisiner et préparer l’accueil de mes « clients figurants » ce midi. Et je me sentais bien dans ma cuisine. Nous avions trouvé le moyen de contourner la loi en organisant un tournage dans mon établissement puisque ces derniers sont autorisés. Mais avec le bruit que mon annonce a faite, le sous-préfet a mis la pression à Madame la maire de ma commune faisant tomber hier soir son couperet. Les figurants doivent présenter un test PCR négatif. Cette mesure n’était pas indiquée dans le protocole sanitaire des tournages dont j’avais eu connaissance. Je ne pouvais pas prendre le risque de faire le film ce dimanche midi et mettre mes clients, mon établissement et moi-même dans une situation encore plus délicate. J’ai donc annulé pour aujourd’hui. J’ai proposé de rencontrer Monsieur le sous-préfet mais il a décliné ma proposition me renvoyant vers le service de sécurité de la préfecture. Le régisseur de cinéma avec qui je suis en lien m’a dit qu’un faux pas et je pouvais être condamnée pour « mise en danger de la vie d’autrui ».

Je voulais apporter un peu de joie, de la vie, peut-être un peu d’espoir le tout en appliquant les protocoles qu’on nous demande (même si je ne suis pas en accord avec) mais moi, je pouvais être condamnée pour mise en danger de la vie d’autrui.

L’état lui veut juste prendre soin de nous.

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